Les hommes ، نوه های فرزندان de la séduction؟


Translating…

Depuis #metoo, plus moyen de trouver des partenaires de galipettes, se plaignent certains. Face à ce sentiment d’injustice, la chroniqueuse Maïa Mazaurette leur donne quelques conseils.

Par Maïa Mazaurette Publié le 08 septembre 2019 à 01h09 – Mis à jour le 08 septembre 2019 à 08h40

Temps de Lecture 5 min.

MAÏA MAZAURETTE

LE SEXE SELON MAÏA

C’est bien connu : depuis le mouvement #metoo, les hommes ne peuvent plus rien dire ni rien faire. Ceinture et sécateur à tous les étages ! Sous dictature féministe, plus moyen d’approcher une femme. Les preux chevaliers-conquérants sont devenus des moines, vœu de chasteté compris.

Eh bien ! Quand on pense qu’il y a quatre ans à peine, il était aussi simple de commander du sexe qu’une pizza à domicile ! C’est du moins ce que le magazine Vanity Fair suggérait : dans le monde des sites de rencontres hétérosexuels, les hommes « gagnaient » (des rapports faciles) et les femmes « perdaient » (l’amour – « Tinder and the Dawn of the “Dating Apocalypse” », Nancy Jo Sales, août 2015).

Cependant, depuis la focalisation publique sur les questions de harcèlement, un certain discours masculin (#notallmen) se plaint d’une pénurie de partenaires de galipettes. 30 % des hommes estiment ainsi que les relations avec les femmes se sont tendues (Ipsos/GQ, décembre 2018). La séduction était-elle plus simple avant ? Pas pour les femmes. Et pas non plus pour les hommes (je sors la carte Houellebecq, j’empoche les 2 millions d’euros et je rachète Gallimard).

Le sentiment d’une fondamentale injustice, au détriment des hommes, existe depuis toujours : on l’entend dans l’expression « les femmes disposent ». Il suffirait aux demoiselles de faire leur choix entre dix mille princes charmants prêts à piétiner leur fierté pour un baiser. (J’aimerais bien, remarquez.)

Sentiment d’injustice

Ce sentiment d’injustice est d’autant plus problématique que le désir masculin reste, encore aujourd’hui, perçu comme le plus pressant et le plus fréquent. Ainsi, 32 % des Anglais (27 % des hommes, 37 % des femmes) pensent que les hommes ont des besoins supérieurs (End Violence Against Women Coalition, août 2019, étude menée sur 3 922 adultes). Cette perception s’appuie, entre autres, sur du Darwin extra-light : les hommes seraient programmés pour disséminer leur semence en couchant avec le maximum de femmes, lesquelles seraient fondamentalement monogames (manque de chance, une toute récente étude germano-américaine montre qu’en termes de survie de l’espèce, la multiplication des partenaires bénéficie plus aux femmes qu’aux hommes – sans qu’on sache encore pourquoi).

Et attention, on ne plaisante pas avec le différentiel de désir ! Les souffrances engendrées sont telles que la menace d’une guerre civile plane sur votre déjeuner dominical (reprenez donc une part de tarte aux pommes). Voici ce qu’écrit l’analyste en données Bradford Tuckfield dans le magazine conservateur Quillette (« Attraction Inequality and the Dating Economy », mars 2019) :

« Quelles que soient les règles qui régiront le futur des rencontres et du sexe, il faudra toujours qu’elles trouvent un moyen de gérer les instincts polygames sur lesquels notre espèce repose historiquement, et qui se révèlent aujourd’hui dans les statistiques des applis de rencontres. A moins que nous ne soyons prêts à accepter le risque de conflits sexuels et de guerres qui, historiquement, accompagnent les inégalités majeures (…) Tout indique que l’inégalité d’accès au sexe est là pour rester, et que nous ne pouvons l’ignorer qu’à notre péril. »

De quelles statistiques parle l’auteur ? De celles données par Tinder et OkCupid, deux leaders des sites de rencontres. Selon les chiffres retenus par Bradford Tuckfield, l’attention des femmes serait entièrement concentrée sur les 20 % d’hommes les plus séduisants. Elles jugeraient d’ailleurs 80 % des hommes comme moins beaux que la moyenne. Les hommes, eux, seraient plus égalitaires dans leurs choix, et plus éclectiques dans leur admiration (ils multiplieraient aussi les petits pains).

Les femmes, sélectives jusqu’à l’absurde ?

Est-il exact que les femmes sont sélectives jusqu’à l’absurde ? Sur Tinder, les hommes acceptent 46 % des profils, les femmes seulement 14 %. Sur OkCupid, les hommes entament 80 % des conversations, mais s’adressent essentiellement aux (très) jeunes femmes. Les plus beaux obtiennent plus de réponses… mais ce sont aussi ceux qui envoient le plus de messages. Les hommes, comme les femmes, cherchent des partenaires plus attractifs qu’eux-mêmes ne le sont.

Les données sont nombreuses, fluctuantes, parfois contradictoires. Téléportons-nous donc du côté des résultats concrets : pour peu qu’on s’en tienne au monde hétérosexuel, il est contre-productif d’opposer les prérogatives des hommes ou des femmes, parce qu’à la fin, ils couchent ensemble (se marient, font des enfants, vivent heureux avec leur labrador). Personne ne gagne ou ne perd. Sauf à considérer que les femmes n’aiment pas le sexe.

Mais d’accord. Imaginons que le monde de la séduction soit injuste, notamment sur les sites de rencontres, et que les hommes soient les dindons de la farce. Si cette culture sexuelle ne nous convient pas, nous pouvons la modifier.

Par exemple, les hommes peuvent arrêter d’utiliser les applications. Pourquoi recourir à un service prétendument inefficace – sans même parler de payer un abonnement ? Le New York Times révélait la semaine dernière que les hommes se perçoivent comme d’autant plus moches qu’ils passent du temps sur ce genre de plates-formes (« Beach Body Tyranny Hurts Men Too », Katharine A. Phillips, 29 août). A ce compte-là, séduire dans les bars ou dans les dîners entre amis serait une meilleure idée.

Deuxième possibilité : les hommes pourraient renverser le différentiel de désir… en jouant plus charnellement le jeu de la séduction. Si les femmes ont hérité de techniques féminines d’embellissement (soins, hygiène, vêtements, bijoux, maquillage), rien n’empêche les hommes d’en faire autant. D’ailleurs, sans vouloir ironiser, utiliser des applications de rencontres basées sur le physique tout en négligeant le sien, c’est courir droit dans le mur. Inutile d’accuser le mur.

Enfin, rien n’empêche la start-up nation de créer des applications de rencontres corrigeant les « injustices ». Les femmes sont trop exigeantes en termes d’esthétique ? Créez un filtre Apollon. Les femmes manquent de désir ? Gobez des pilules réduisant vos pulsions – pourquoi les femmes devraient-elles s’adapter à vos envies, et pas l’inverse ? Enfin, les femmes ne seraient intéressées que par le statut social, garantissant un partenariat domestique solide ? Plutôt que des photos, affichez directement le solde de votre compte bancaire, le nombre de mètres carrés de votre appartement ou votre décompte de spermatozoïdes (n’oubliez pas la taille du glaive à deux mains).

Revenir sur Terre

Dernière possibilité : revenir sur Terre. Non, les hommes n’ont pas perdu leur accès au sexe – seulement leurs passe-droits sexuels. Oui, les hommes sexistes sont pénalisés par l’abaissement du seuil de tolérance envers les comportements prédateurs. Mais ça, c’est très bien. Si on ne respecte pas les préférences des femmes, on ne devrait pas coucher avec.

La majorité des Français ne vit aucune injustice. 72 % d’entre eux pensent d’ailleurs qu’on peut trouver l’amour sur les applications de rencontres (Harris Interactive/Groupon, 2019).

De toute façon, si le différentiel existe dans le monde de la séduction, ce n’est pas en menaçant les femmes d’une guerre civile que ça va s’arranger (au contraire). Inutile aussi de les supplier de « redistribuer » de la sexualité, comme si l’accès au corps des autres était un dû.

Il existe des solutions beaucoup plus réalistes et efficaces : 1) se rendre désirable donc, pour augmenter le nombre de partenaires qui nous désireront, 2) étendre le spectre de son propre désir, en augmentant le nombre de partenaires que nous désirerons. Il s’agit tout simplement de mettre plus de beauté dans ce monde : plus en nous-mêmes, plus dans notre regard. Ce ne serait que justice.

Retrouvez ici toutes les chroniques de Maïa Mazaurette dans La Matinale.

Maïa Mazaurette

Contribuer

Services

 

Read More